Le karité ou « l’or des femmes » au Mali

Petite histoire d’un partenariat équitable à taille humaine

 

Noix de karité

Au Mali, le beurre de karité est traditionnellement produit par les femmes. Dans la commune de Dégnékoro, elles se sont réunies en association pour produire et exporter leur beurre de karité, avec l’appui de l’ONG Kilabo, partenaire malien du Carrefour de solidarité internationale de Sherbrooke (CSI).

 

Depuis neuf ans, les femmes exportent leur beurre de karité au Québec : au début par l’entremise du CSI, puis l’entreprise sherbrookoise Umano en a poursuivi l’importation depuis 2014. Ce type d’échange commercial est si précieux pour les femmes qu’on appelle parfois le karité « l’or des femmes ».

 

Au total, environ cinq tonnes de karité ont été importées – soit pratiquement le poids d’un éléphant! – et la quantité annuelle a triplé entre les premières années et 2019. « Cela reste de petits volumes à l’échelle du Québec, mais qui sont significatifs pour les productrices au Mali ainsi que pour les entreprises d’ici qui distribuent et transforment le karité », mentionne Christian Guiollot, fondateur et directeur d’Umano.

 

« Les prévisions d’achats pour les prochaines années nous permettent d’envisager des certifications pour ce beurre de karité produit artisanalement, avec un impact environnemental minime, et acheté depuis le début dans une relation de partenariat équitable », ajoute M. Guiollot.

 

Une exportation à un prix juste pour les femmes

 

Le beurre de karité constitue l’une des principales sources de revenu pour les femmes vivant en milieu rural. Les profits dégagés par la vente du karité leur permettent non seulement de subvenir en partie aux besoins de leur famille, mais aussi d’investir dans d’autres activités génératrices de revenus.

 

Awa Fomba, membre de l’association des femmes de Dégnékoro, est productrice de beurre de karité depuis plus de 10 ans. Auparavant, elle vendait sa production dans son village, et parfois à la foire hebdomadaire de sa commune. « Je ne gagnais pas assez d’argent avec ces ventes, puisque les prix n’étaient pas intéressants. Les efforts intenses que je déployais pour la transformation des noix de karité en beurre n’étaient pas récompensés », témoigne-t-elle.

 

Awa Fomba

Maintenant, en exportant le beurre de karité au Québec, grâce à Umano et au CSI, Awa gagne trois ou quatre fois plus que ce qu’elle gagnait avant. Elle peut payer certaines dépenses pour ses enfants ainsi que les siennes sans dépendre de son mari. Avec les profits, elle a même pu démarrer un petit élevage d’animaux qui lui offriront une diversification de ses revenus.

 

 

L’ONG Kilabo affirme qu’avec les commandes exportées au Québec, « les femmes productrices de karité sont payées à un juste prix, elles tirent donc de meilleurs profits et voient leur pouvoir d’achat s’améliorer. » Le beurre de karité serait donc rien de moins qu’un moyen de lutte contre la pauvreté des femmes vivant en milieu rural, selon Kilabo.

 

Actuellement, une quinzaine de femmes participent annuellement à la production du beurre. La répartition de la production et des autres tâches est décidée collectivement par l’association des femmes. En plus de générer des revenus essentiels pour les familles des productrices, ce partenariat renforce donc aussi la cohésion sociale et les capacités d’organisation de la communauté, estime Kilabo.

 

Du karité profitable à tous

 

La plus grosse partie du karité importé par Umano est transformée par la Savonnerie des Diligences, pour des crèmes et savons qu’ils distribuent à travers le Québec. Une autre partie est distribuée vers d’autres savonneries artisanales, des massothérapeutes, des boutiques de produits naturels en vrac ou encore à destination de groupes et d’écoles dans le cadre de campagnes de financement. Le karité est également disponible pour les particuliers en pots de 110 ml ou en chaudières de 4,9 kg dans la boutique en ligne d’Umano.

 

Alors, avantageux, le commerce de beurre de karité? La réponse d’Awa Fomba est univoque : « Je ne pourrais cesser de parler des bienfaits de cette commande de beurre de karité! Je reconnais que d’autres femmes productrices en profitent bien comme moi! Que ce partenariat se perpétue! »

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